Elles se baladaient sur le bord du flux et du reflux à l’extrême limite de cette mouvance permanente, prenant garde de ne pas souiller leurs chaussures de ces plaques huileuses sautant d’un rocher à l’autre jouant les équilibristes sur le sable encore humide. L’ombre qui s’étirait les pressait de hâter le pas pour regagner l’hôtel des pins et son ambiance chaleureuse dans ces premiers jours d’avril où le mimosa embaumait les allées désertes des maisons.
Seules sur une plage désertée par les vivants, les décombres leur tenaient lieu de guide des aventures maritimes du coin depuis le départ des derniers touristes pour qui l’on avait nettoyé les plages.
Un aboiement bref sur le sommet de la petite falaise qui les surplombaient les tira de leur mélancolique discussion, d’un seul bond le fauve joyeux dévala la pente de sable entraînant son malheureux maître enchaîné par la laisse à son cou vers le sable qui amortit sa chute sans pour autant lui donner élégance et panache qu’on aurait pu espérer d’un éventuel robinson.
L’infortuné propriétaire du boxer se redressa rapidement épousseta sa dignité d’un revers de main et regarda autour de lui pour observer si quelqu’un avait assisté à son entrée en matière brutale, le sourire en coin de ces dames et l’hilarité contagieuse de l’une d’elles ruina tous ses espoirs.
Il passa raide et vaguement honteux devant elles, maugréant contre ce satané chien.
La plage avait désormais une allure légère et elles regagnèrent le chemin le sourire aux lèvres. L’hôtel des pins était bientôt en vue…